Le pouvoir (mal maîtrisé) de la parole de l’espèce humaine
Depuis quelques années, l’association Agropunk réfléchit sur la capacité d’un regroupement d’individus à faire émerger une intelligence collective – un super-pouvoir propre à l’espèce humaine – pour résoudre des problèmes complexes et apparemment hors d’atteinte, telle que la faim et la malnutrition des enfants dans le monde.
Pour faire (très) court, cette capacité passe par l’acquisition et la maîtrise de compétences liées aux deux intelligences intrapersonnelle et interpersonnelle, autrement dit aux allers-retours entre notre monde intérieur et les personnes qui nous entourent.
Ces allers-retours sont plus souvent réalisables et réalisés par une succession de phases d’introspection et de langage, principalement parlé ou écrit.
L’utilisation du langage sans aucune considération pour l’une ou l’autre des intelligences est un comportement courant, qui contribue grandement à la banalisation de la violence dans quasiment toutes nos relations, et contre laquelle Agropunk s’emploie à lutter.
Le pouvoir (sous-utilisé) de l’art
Cela étant dit, nous attirons l’attention sur le fait – généralement admis, mais pas moins négligé par le grand public – qu’il y a un autre moyen de réaliser ces allers-retours intra- et interpersonnels, de manière beaucoup plus directe, et beaucoup moins exposée à la surréaction instantanée : l’expression artistique !
De fait, parce qu’elle est ouvertement artistique, tout le monde sait que cette expression n’est ni à prendre au premier degré, ni à prendre personnellement : elle relève de l’imaginaire de son auteur-e, de la façon dont son cerveau interprète le monde, et aussi de ses capacités techniques pour retranscrire cette vision.
Mais elle relève tout autant de l’interprétation de notre cerveau à nous, spectateurices, observateurices.
L’indulgence et la conscience de la forte probabilité d’une interprétation très personnelle – au pire le désintérêt – face à l’effort d’expression de l’artiste sont donc plus fréquentes que les réactions épidermiques autodéfensives, qui sont un grand classique des échanges verbeux.
Bien entendu, nous excluons de cette réflexion toutes les personnes souffrant de l’absence d’un minimum d’ouverture d’esprit et de bienveillance, et aussi les appendices iléocæcaux.
L’intérêt de l’expression artistique dans notre quête d’utilité sociale est donc établi : elle permet – bien mieux que la parole – de fouiller, cultiver, extérioriser et valoriser le monde intérieur de l’artiste-émetteurice, c’est-à-dire d’affirmer sa singularité, qui est non seulement bien accueillie, mais carrément attendue par les récepteurices.
Intérêt réciproque
Tout n’étant pas parfait, il reste à œuvrer pour généraliser l’accès, et pour généraliser la production.
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